feuille de route
Il est vrai que, depuis mon départ de Bretagne, je me suis appliqué à décrire les différentes étapes de ce voyage jusqu'à mon arrivée en Casamance, agrémentant mon récit d'anecdotes illustrant au mieux les us locaux.
Depuis la fin de cette longue route et le début de cette expérience africaine à part entière, je me concentre à tenter de remplir des cases à thèmes, mais je me suis oublié à vous tenir informés des évolutions de mon parcours, pourtant bien rempli.
A peine arrivés à bon port, notre petit convoi est reparti à destination de la côte casaçaise pour assister à ce fameux festival d'Abene, dont le ballet "la Forêt Sacrée" de Paty Thioune est la tête d'affiche, Mamadi Keita ayant été invité, s'étant déplacé jusqu'au lieu du festival mais ayant du malheureusement repartir en urgence en Europe pour cause de santé. Souhaitons qu'il se soit rétabli à la hauteur de sa renommée et de son don artistique !!
Une végétation luxuriante et une ambiance de fête nous accueillent dans ce village vivant au rythme du reggae.
La mer d'un bleu caraïbéen et ses côtes ornées de palmiers nous font rapidement oublier la longueur du voyage. Ses habitants vivent ici au rythme d'un tourisme paisible et, comparativement aux autres lieux touristiques sénégalais, raisonné. Nous sommes accueillis ici comme si nous ne l'avions jamais quitté, il y a à peine une année.
Tous les soirs du festival se présentent des groupes des villages voisins, chacun voulant dévoiler ses spécialités et profitant de cette occasion pour se retrouver autour du national Tiepboudien (riz et gros poisson) et du non moins épicé café Touba.
Personnellement, je mettrai à profit ces quelques jours de quiétude pour me ressourcer et rédiger les étapes manquantes du voyage.
Très vite la nouvelle année approche. Nous irons féter cela dans un immense campement longeant l'océan. Des centaines de personnes de toutes nationalités s'y retrouvent autour d'un grand feu et des musiciens locaux; la bière coule à flot, l'ambiance est à son comble.
Mais bizarrement, je ne m'y trouve pas à mon aise. Sans doute déjà plongé dans mes préoccupations photographiques, je ne cesse d'observer ce qui se passe autour de moi.
Est-ce un défaut ou une qualité ? toujours est-il que je ne peux m'empêcher d'analyser les comportements humains et tous ses travers ........
Je vois certes beaucoup de personnes s'amuser, discuter, s'embrasser, danser mais je vois aussi tous ces regards tristes en leur intérieur, désabusés d'assister à ce gachis d'argent alors qu'ils ne peuvent parfois pas s'offrir une boisson sucrée ou un taxi pour parcourir les quelques kilomètres qui les séparent de leur logement, parfois sans électricité ni eau courante, et qui espèrent toujours gagner leur chance de partir à l'étranger, un jour ...
Je vois ces occidentaux, agés ou non, accompagnés de jeunes africains, hommes ou femmes, sans se rendre compte de l'enjeu qu'ils représentent à leurs yeux ou bien y jouant naïvement, comme à un jeu de l'oie.
Je ne peux m'empêcher de voir les coulisses de la fête et je n'ai plus envie de danser.
L'hypocrisie transpire ici et les contradictions de notre société m'obsèdent.
Mais comme on l'entend souvent ici : "ne t'en fais pas, ça va aller".
La vie continue et se lamenter sur le comportement de mes compatriotes ne fera pas avancer les choses.
Les sourires seront toujours là, cachant la pauvreté omniprésente à ceux qui ne veulent pas la voir.
Nous resterons la première semaine du mois de janvier sur cette côte resplendissante. Les jours passent si vite ici.
Il semblerait que les casaçais ont le monopôle du temps. Seuls eux peuvent décider de l'allure qu'il faut adopter.
Je me séparerai de ma voiture dans le village voisin d'Abene. Je la vois déjà enchaîner les aller-retours en tant que taxi clandestin. Son nouveau propriétaire, un Suisse, l'a acheté avant même le départ depuis la France, pour permettre à son beau-frère de travailler et faire vivre sa famille.
C'est une des activités les plus rentables pour celui qui a les moyens d'acheter le véhicule.
Selon la loi sénégalaise, il est d'importer un véhicule de plus de 5 ans sur le territoire. Ceci est censé limiter le marché clandestin et favoriser l'achat de voitures concues en Asie et montées en Afrique, donc indirectement relancer les crédits et la consommation. Mais paradoxalement, même les classes les plus favorisées préfèrent passer par le circuit parrallèle.
Le plus souvent, ce sont toujours les mêmes modèles de voitures qui sont ramenés d'Europe, ce qui permet aisément de falsifier les cartes grises et, accessoirement, de payer un dédouannement d'abord officieux puis officiel à un fonctionnaire souvent véreux ayant lui-même contribué à mettre en place la fameuse loi des "plus de 5 ans". La traversée de la Gambie favorisant d'autant plus cette manipulation douteuse....
Nous repartons donc passer quelques jours à Ziguinchor, d'où chacun prendra un chemin différent. J'en profiterai pour investir dans un djembé en bois de linké, pièce plutôt rare dans cette région de l'Afrique de l'ouest.
Les derniers détails de cession de véhicule réglés, je prendrai de nouveau la route pour Sali, où je me suis engagé pour réaliser un travail photographique pour une association franco-sénégalo-canadienne.
L'école Afrik'avenir, en jumelage avec une école de Lyon, ses élèves et ses enseigants m'accueillent chaleureusement et ces deux semaines passées à leurs côtés sont d'une douceur curative.
Logé sur Sali, ce sera également l'occasion pour moi de revoir plusieurs amis guinéens artistes, venus passer ici la saison touristique.
Je vogue alors entre deux mondes s'ignorant les uns des autres. D'un côté des élèves presque tous issus d'un milieu rural d'où l'on accède par des pistes, et de l'autre des artistes plongés dans la ferveur de la station balnéaire sénégalaise.
D'un côté passionnant par l'échange installé, de l'autre épuisant par les sollicitations en tous genres, incessantes.
C'est la découverte du nord du Sénégal qui passe aussi par là ... Même si Sali, M'bour et Gandigal ne sont absolument pas représentatifs de toute la région, c'est tout de même un exemple typique de station balnéaire africaine et de ses conséquences sur les alentours. Et c'est sur ce point que j'aimerais beaucoup m'attarder par la suite ....
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Le 26/03/2010 à 18:44
Festival d'Abene, ethnies mystiques ...
Bonjour, tribu complét'mandingue !!
Il est temps de vous éclairer sur les valeurs mystiques des ethnies de Casamance.
Plus exactement, cet article vient en réponse aux questions sur les cracheurs et mangeurs de feu présentés l'année passée lors des interventions au collège de Pleumeur-Bodou et photographiés de nouveau cette année au festival d' Abene, sur la côte nord de la Casamance, non loin de la frontière gambienne.
Avalent-ils réellement le feu ? comment jouent-ils avec ?
Lors des festivals casaçais (ou casamançais) sont souvent présentées des groupes venants de villages voisins du lieu où se produit l'événement. En l'occurence, le village d'Abene, situé juste après le village de Kafountine, "haut" lieu touristique de la région, se trouve en plein territoire Djola. Cette ethnie très présente en Casamance est réputée pour sa longue tradition animiste et sa grande connaissance des forces mystiques.
Un festival accueillant des visiteurs du monde entier est donc une bonne occasion pour les villages invités de présenter leur culture et leurs traditions. Chacun possède ses spécialités, ses propres grigris leurs permettant de se brûler la peau sans le sentir, de se couper le bras avec un couteau sans que la lame ne puisse rentrer dans la chair, de marcher sur du verre pilé sans se couper ou même encore de macher une lame jusqu'à en faire une simple boule de ferraille. D'autres présenteront plutôt des traditions musicales et dansantes comme les ballets de percussions, les instruments traditionnels casaçais comme le seuruba ou le bugarabu, chacun possédant son style et ses influences.

Le mystique occupe une place importante dans la culture animiste, qui est consacrée à la mére nature. Certains grands-pères djolas connaissent des secrets concernant les plantes et leurs vertus curatrices que bien des occidentaux ignorent.
Nombre de casaçais ont recours aux médicaments traditionnels, souvent à base de plantes trouvées en brousse, avant d'utiliser les médicaments "modernes".
Le principe de d'abord essayer de faire confiance à la nature avant d'avoir recours aux médicines modernes parfois bien douteuses ne serait-il pas un principe de précaution digne des sages ?
Le fait de pouvoir manger du feu ou tenter de se trancher le bras sans y parvenir ne reflète-il pas une confiance en ses traditions et en soi immuable ?
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Le 15/03/2010 à 03:09
comment trouver ce type de projet ??
Salut à toute la tribu complét'mandingue !!
Merci de votre participation et vos nombreuses questions. J'aime contempler votre curiosité, et parfois votre naïveté juvénile qui nous fait tant de bien, à nous adultes ultrarationnels que nous sommes !!
Aujourd'hui je vais tenter de répondre à vos questions en réaction aux articles et photos publiés lors du trajet Bretagne-Casamance.
Pour les autres questions, plus thématiques, j'y répondrai au sein des rubriques que je vais éditer par la suite.
Les thèmes seront l'éducation, la santé, le travail, les transports, la vie locale, les manifestations culturelles et d'autres encore qui sauront je l'espère remplir votre appétit débordant.
Mais commençons par le commencement !
Cette question m'a été posée par une élève de l'atelier photo de Gwaltaz du lycée Savina de Tréguier :
"Où est-il possible de trouver de tels projets internationaux en photographie ?"
"A qui faut-il s'adresser pour trouver ce genre de projets qui fait partir à l'étranger ?"
Pour remettre les choses à leur place, tout a débuté lorsqu'un ami propriétaire d'un magasin photo à Biarritz accepte de m'intégrer à son équipe de photographes saisonniers.
Après avoir rempli mon contrat estival de photographe-filmeur, je décide de mettre à profit mon expérience, mes finances et mes contacts gagnés durant cette saison.
Je tiens à coeur depuis longtemps de partir en Afrique, je mets en place un projet personnel photographique sur la culture mandingue.
Etant donné que je ne possède pas encore de diplômes ni en photographie ni en journalisme, je me rends bien compte que personne ne me fera de commandes prépayées. Je dois alors réaliser un projet personnel et ensuite essayer de convaincre des partenaires de me suivre et me soutenir.
Je sollicite alors des banques (CMB, Caisse d'Epargne), des fonds privés (Rotary Club) et des sponsors potentiels (magasins photos, mairies ...)
Je partirai donc pour 6 mois, avec 70 pellicules offertes par le magasin "le 3ème oeil" et une promesse de parution du magasine Surf Session uniquement.
Tous les partenaires m'ayant promis leur soutien financier se déroberont à une semaine du départ, sous prétexte d'une fameuse crise leur imposant la vigilance.
Mais peu importe je réaliserai ce projet quoi qu'il en soit.
Je passerai donc près de 6 mois à photographier un ballet de percussions et de danse en Casamance, et toute la vie qui l'accompagne. J'assisterai ainsi à des mariages, des baptêmes, des festivals, un retour de pélerinage à la Mecque, un tournoi de lutte sénégalaise, des finales de football et tant de moments de la vie quotidienne africaine.
A mon retour, je rentre m'installer en Bretagne avec la ferme conviction de montrer mon travail.
Je financerai donc moi-même les tirages de mon exposition et participerai au festival "Rencontres d'Afrique" du cinéma Le Méliès de Pau, aux portes ouvertes de l'association Sababou de Morlaix oeuvrant pour la promotion de la culture africaine et mandingue en France et en Afrique.
Convaincu de devoir partager mon expérience avec les nouvelles générations, je démarche les collèges et lycées et obtiens une collaboration avec l'atelier photo du lycée de Tréguier ou bien encore avec les classes du collège Paul Le Flem de Pleumeur-Bodou.
Mais le moment d'approfondir mes rencontres africaines approche et je monte un second projet, les coulisses de la rebellion casamancaise.
Cette fois-ci, je partirai plus serein, car l'énergie dépensée durant ce séjour breton portera ses fruits. Non pas sous forme d'aides financières mais sous forme de soutien moral et matériel.
Mon projet intéresse et le travail que j'ai présenté m'ouvre de nouvelles portes.
Une exposition est prévue au mois d'avril pour le Festival Complét'mandingue de St Brieuc; deux autres au café Théodore de Trédrez-Locquémeau et à la Galerie Motul du château de Kerduel de Pleumeur-Bodou; l'expérience paloise devrait se renouveler; une exposition se prépare également en Espagne, à Barcelone, et en Italie, à Catane ...
Je devrais intégrer un collectif de photographes à la rentrée et peut-être entamer une nouvelle formation en journalisme, tout en continuant de réaliser mes projets personnels ...
Voila mademoiselle comment ça se passe , dans mon cas.
Je ne pense pas qu'il y ait de recette miracle pour réussir dans ce métier, car les places sont chères et les portes seulement entrouvertes ....
Il faut donc prendre son courage à deux mains et oser foncer, tout en sachant que rien n'est jamais acquis.
Je ne vis pas encore de mon métier malgré tous mes efforts, et cela peut encore prendre du temps ...
Seules la passion et la conviction de réussir peuvent te maintenir dans cette voie....
Avec tous mes encouragements
David SIMON
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Le 26/01/2010 à 14:47
bilan des interrogations
Comme tout le monde a pu le constater dans les commentaires, les questions affluent et me dépassent même ...
A peine les photos présentées, les questions sont là, avant même que le texte n'apparaisse .... et je m'en réjouis, votre curiosité me pousse à pousser la réflexion toujours un peu plus loin !!
Mais comprenez moi, je ne peux pas répondre à toutes les questions d'un coup ( et vous me comprenez j'en suis sûr).
Je vais donc un répondre dans un ordre logique, principalement dans leur ordre chronologique par rapport au déroulement du voyage ... puis ensuite, je suis en train de composer des thèmes créés à partir de vos questions ..
donc pas de panique ...les réponses seront données en leur temps qui leur est du !!
L'accès internet m'étant limité, je suis donc contraint de préparer mes articles à l'avance puis de dépendre des coupures d'électricité assez fréquentes ...
Je me plais à écrire le maximum d'articles possible, sans trop mélanger les sujets, afin que vous puissiez bien saisir le sens de mes explications.
Chaque chose en son temps comme on dit et selon la répartie locale "vous, vous avez les montres, nous, nous avons le temps... "
et NA !!! continuez à participer .. ça vient !
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Le 26/01/2010 à 14:20