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Le présentateur d'Arte Journal - 19 h - parle de livres et de musique en essayant d'être "péremptoire dans l'admiration et modeste dans le dénigrement" (Jean-Philippe Toussaint)


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1929, documentaire de William Karel, Arte, 28 octobre

Mercredi 28 octobre sera diffusé sur ARTE, à 20h45, le documentaire de William Karel intitulé 1929, référence bien sûr aux événements qui ont conduit au « jeudi noir » à Wall Street puis à une crise mondiale sans précédent avec les conséquences économiques, sociales et politiques que l'on connaît. Ce film, en deux parties de 52 minutes - qui sortira en DVD quelques jours plus tard -, est absolument remarquable en tant qu'il nous invite à méditer sur un morceau d'histoire présentant de nombreuses similitudes avec la crise actuelle.

 

 

Une fois passés les plans très léchés de Wall Street aujourd'hui, William Karel nous rappelle la confiance qu'ont les Américains, à l'époque des faits, en un prospérité durable. Prospérité qui, croit-on, va profiter à tout le monde. Dans cette « meilleure société possible », chacun doit pouvoir acquérir les biens de consommation rêvés. Parmi ceux-là, il y a la fameuse Ford T.

 

Et le documentariste de convoquer historiens, économistes et écrivains pour authentifier ses dires. Ceux-ci nous rappellent qu'en cinq ans, « les cours de la Bourse sont multipliés par quatre », ce qui est démesuré par rapport à l'économie réelle. Si le marché est réservé en Europe à une élite aristocratique, Wall Street devient une attraction pour de nombreux citoyens qui voient dans la Bourse un moyen ludique de très vite s'enrichir. Et à ceux qui s'inquiètent de répercussions possibles d'un infléchissement des cours, le patron de General Motors assure que l'économie est stable et prospère, quand ce n'est pas le président républicain Edgar Hoover qui maintient que la « prospérité est au coin de la rue ».

 

La Bourse est donc un sport en cette année 1929. Des bureaux de courtage font leur apparition dans de nombreux villages. Les agents de change, nous dit-on, commettent la folie de faire crédit aux particuliers. Ça monte donc et personne ne s'inquiète jusqu'à cet intervalle de temps compris entre le fameux jeudi noir ou « black thursday », le 24 octobre 1929 et le mardi noir ou « black tuedsay », le 29 octobre 1929.

 

 

Au premier jour de cette démence collective, 13 millions de titres sont jetés sur le marché. Personne pourtant ne décide de la fermeture de Wall Street. Ce jour-là, le président est en effet en vacances à Hawaï. Les pertes cumulées donnent pourtant le vertige : 30 milliards de dollars. Les cours plongent, la chute de la Bourse ne va pas s'arrêter là. Il y aura un « Niagara » de liquidations. Pourtant, à en croire William Karel, il n'y aurait pas de suicides massifs comme la légende le prétend. Il y a, en particulier, une anecdote particulièrement savoureuse, vous le verrez, sur l'imaginaire de la défenestration.

 

Vous verrez aussi dans cette soirée, l'inconséquence totale du président américain qui continue la même politique, comme si de rien n'était. Pire, il fait rapatrier les capitaux américains d'Allemagne, ceux qui étaient censés servir à la reconstruction d'un pays en pleine convalescence au lendemain du premier conflit mondial. Il faut entendre Alfred Grosser raconter que c'est à cette époque qu'il entendit parler pour la première fois de chômeurs.

 

Mais des sans-emplois, il y en a aussi des millions de l'autre côté de l'Atlantique. Le film montre ces files d'hommes et de femmes faisant la queue à la soupe populaire, images agrémentées du témoignage de Howard Zinn qui se souvient parfaitement de cette époque-là. Ce dernier parle de l'humiliation éprouvée par de nombreux citoyens contraints d'aller mendier, une attitude tellement contraire à l'esprit américain, à la philosophie régnant outre-Atlantique. Alors pour s'en sortir, les citoyens en sont réduits à trouver des moyens de gagner de précieux dollars, y compris en participant à ces « marathons de la danse » où des couples doivent rester le plus longtemps sur la piste jusqu'à ce qu'ils s'effondrent de fatigue.

 

La deuxième partie du film débute sur une séquence du film « The grapes of wrath » avec l'inoubliable Henry Fonda.

 

 

Il est d'ailleurs intéressant de voir comment la Grande Dépression a été utilisée à des fins de propagande. Les photos de citoyens s'entassant à plusieurs dans des maisons de fortune – dont la juxtaposition formait ce qu'on appelait alors les « Hoover villes » - sont en effet passées à la postérité.

 

La situation est encore plus difficile, nous dit le réalisateur, à la campagne qu'à la ville. Vous verrez à quel point les choses changent peu quand seront diffusées les images d'agriculteurs préférant détruire eux-mêmes leur propre production de lait – ça aussi, ça rappelle les scènes récentes d'épandage -. Le paradoxe de tout cela nous est rappelé par l'historien Maury Klein : «  il y avait plein de maisons vides alors que de nombreux citoyens dormaient dans la rue ».

 

Face à cette crise sans précédent le pouvoir opte pour la répression. Hoover ordonne à la police de tirer sur les manifestants. Le président se fait entourer de deux hommes qui vont pourtant devenir des héros : MacArthur et Eisenhower. Mais les jours de ce pouvoir sont comptés puisque, aux élections de 1932, c'est un démocrate qui va s'installer durablement au poste de président : Franklin D. Roosevelt.

 

 

Roosevelt va entamer une série de réformes, notamment du système bancaire. Il assainit ensuite Wall Street en confiant à Joseph Kennedy, le père de JFK, la présidence de la la commission de contrôle des opérations de Bourse. Le chef de l'état applique son projet de New Deal. Il fait notamment construire des routes en jouant sur la mythologie américaine. Roosevelt est l'homme de la protection sociale, des retraites, du salaire minimum, de la représentation syndicale. Du coup, il est l'objet d'attaques du monde de la finance qui l'accuse aussi de prendre des décisions contradictoires. Pourtant, toutes ses réformes redonnent progressivement du pouvoir d'achat mais, comme le rappelle si justement le film, c'est la fabrication de matériel militaire qui arrête la Grande Dépression.

 

Comme d'habitude, William Karel fait oeuvre d'une incroyable pédagogie.

 

 

Les témoignages, d'une parfaite limpidité, nous tiennent en haleine durant près de deux heures. Et l'on se prend à rêver de vivre dans une société où tous les économistes seraient à l'image de ceux qui interviennent ici. Et où les hommes politiques auraient l'audace d'un Roosevelt.

 

« I have a dream. »

Rédigé par William | Octobre 2009 | Commentaires (2) | | +

Le 25/10/2009 à 16:32



Commentaires


1 - Le 25/10/2009 à 20:01, par Patricia
Excellente suggestion de votre part, William. On regardera ce documentaire mercredi ou bien on achètera le DVD. Ou bien on continuera (meme le soir, voire la nuit) nos luttes locales pour la sauvegarde des emplois de citoyens et d'entreprises dont les groupes auxquelles elles appartiennent ont empoché des fonds publics ! Oui, on a bien achevé les chevaux aux States dans les années 1930. Mais, en 2009, en France, dans nos petites villes, au find fond du pays ou près de la capitale, le gouvernement français et des entreprises profitent d'une crise (dont on peut mettre en cause l'existence) pour délocaliser la production ailleurs là ou la ressource humaine ne coute presque rien. Oui, en 2009, en France et ailleurs dans l'Union européenne, les gouvernements et les entreprises font comme ils veulent avec les bourses et les banques. Pour la France, comme pour les autres pays d'Europe, tant qu'on n'aura pas viré les bourrins qui nous gouvernent, le rêve est impossible. Mais les luttes sont possibles ! Ici, dans ma région (parmi d'autres) laminée par des patrons voyous et des élus bouseux (dans tous les sens du terme), des citoyens et des contribuables portent plainte contre un groupe qui, après avoir reçu 55 millions d'euros d'aide (de la part de l'Etat et du FMEA) ferme deux entreprises et jettent ainsi les salariés dans la rue ! Une honte. "No, I have no dream, now".
2 - Le 25/10/2009 à 20:16, par fsns ( site web )
Citation :"Dans cette meilleure société possible , chacun doit pouvoir acquérir les biens de consommation rêvés. Parmi ceux-là, il y a la fameuse Ford T." Pour un complément à la réflexion sur la question des biens de consommation, pilier indispensable nous dit-on, de la croissance, sur le concept de mécroissance, voir le travail que mène Bernard Stiegler et plus particulièrement son dernier ouvrage : http://www.editions-galilee.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=3261

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