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gaillard-sculptures, SCULPTURES


Au commencement il n'y avait rien. Le Néant. Puis pendant longtemps à vrai dire à peu près rien. Vint alors une période de petits riens qui ne firent évidement aucun bruit. Cela durait puis durait et finalement rien ne se déroulait comme prévu. D'autant plus que très étonnamment, à force de constance je dirais, RIEN, en soi, se mit a faire souterrainement puis ouvertement sujet. RIEN n'était plus « rien ». Et rien n'était plus comme avant. Si bien d'ailleurs que se mit en place un ensemble de sculptures qui ne ressemblait effectivement à rien, ou plutôt à RIEN... Que fallait-il en penser ? Heureusement arriva dimanche où l'on ne fait rien et la question fut ajournée. Rien ne presse désormais. RIEN non plus.


Texte de présentation

 

 A l'origine de cet ensemble de sculptures il y a l'idée d'engager un dialogue entre un corps nu d'expression neutre (archaïque et générique) et un objet défini comme un élément culturel et narratif (présent et singulier). A partir de ces deux polarités mises en tension se forme comme un arc électrique où l'intensité est dialectique et sensible. Ces deux éléments se trouvent eux-mêmes dans une tension intérieure par leurs propres oppositions et cette résonance provoque comme une réaction en chaîne en constituant comme un point de fuite sémantique si ce n'est la fuite même du sens. Ainsi la nudité montre les corps dans une position de vulnérabilité mais dans un même temps est sous-tendue dans l'affirmation d'une présence à la fois simple et concrète une force issue d'une conscience travaillée par une mise à nu alors égotique. Renversement aussi quant à l'objet associé au corps qui au-delà de son évidente réalité et de la fixité de sa fonction sera l'objet du principe de désir et d'une certaine incarnation dans une définition alors plus complexe voire contradictoire. (clown : boulet / bulle, baigneuse : plongeoir / bouée, amante : gouttière (liquide) / béquille (solide)...). Si la mise en scène dans la construction de ces objets se fait de façon très exacte nous voyons qu'en revanche le sens dramatique est lui flottant.

La bombe de « nu descendant un escalier » va-t-elle exploser au terme de sa chute ou être finalement enfouie et désamorcée dans un tout autre geste de puissance qui est celui de contenir cette violence et en cela évoquer un geste d'apaisement ? Ce mouvement élégant par sa maîtrise (l'ai-je bien descendu ?) est-il une figure de contrôle et de mort ou de séduction et d'amour ? La question du sujet dans l'oeuvre d'art peut être ici posée dans le cadre de cette dualité contenir / exploser et par transposition tradition / modernité. Duchamp joue ici même un beau coup dans ses « ready-made » : il s'installe dans une tradition puisqu'il ne les modifie pas mais ce choix est d'un autre type déplaçant ainsi les notions d'histoire et de lieu depuis lesquelles se conçoit l'art. La finalité même s'en trouve déplacée depuis une transcendance vers une immanence à l'image d'un escalier qui descendrait dans le ventre du réel. Pour ma part le choix de la statuaire issu du classicisme est pensé comme une cible où la visée historique précise induit un goût et sa destruction même dans une dialectique là encore du contenir / exploser, tradition / modernité. Le déplacement à lieu ici entre la conception d'une beauté achevée, d'un ordre et d'un équilibre issu du XVII siècle et la beauté tendue, schizoïde freudienne ainsi que la relation impure corps / prothèse.

Dans cet ensemble de sculptures la question de la représentation des corps se met en place dans le cadre d'un système synthétique à l'oeuvre entre au moins deux termes. Ce qui fait corps ici est ce qui fait lien même si parfois ce lien ne semble s'évoquer que depuis le lieu de son absence. Les objets associés aux corps sont comme autant d'organes externes issus d'un corps social, culturel et technique que la dramaturgie et la mise en scène chercheront à intégrer comme un greffon suggérant là encore une identité complexe variante du mythe de Frankeinstein. Cette monstruosité exprime la douleur et la fragilité de ce corps «  social - technique » mais en même temps sa puissance d'invention et la question du contrôle de cette dernière. Le tout dans une fascination aveuglante et paralysante.

Parmi les possibilités d'entrées dans ce travail la question du genre est, elle, abordée dans une logique de dépassement plutôt que d'opposition. Ainsi dans une pièce comme « femme se chevauchant » l'évidence de l'appareillage génital masculin admet dans une autre échelle de rapport une « super-nature » (culture?) où l'enfantement pourrait être considéré comme un acte viril d'ensemencement du monde. Le genre est ici une vision. Le bâton de pasteur tenu par cette femme enceinte ouvre un chemin à cette révélation. D'autres pièces comme « goinfre », « amante », « mère »... donnent elles aussi une définition du sexe comme origine et du genre comme direction subtile de l'existence.

La couleur noire est dans ce travail comme une matière première. Le blanc n'intervient que pour certains objets qui dans leurs fonctions plus concrètes proches de l'outil ouvrent un rapport à l'extériorité et à l'altérité dans un jeu d'opposition noir / blanc. Les sculptures entièrement noires sont dans un rapport plus autocentré avec des objets aux fonctions plus symboliques. Dans ces deux types de rapport (soi / autre, soi / soi) le noir convoque le blanc mais tout autant le noir lui-même dans une tension interne formant comme le noyau d'une conscience silencieuse. Le noir semble ici surtout contenir et s'appuyer sur sa densité pour signifier sa présence. Il y a là un peu de cette matière noire des astrophysiciens à la fois berceau et force de cohésion de l'univers. Son absence « d'intention » la rend difficile à appréhender et ce mystère semble être la notion même d'archétype. La gravure de Dürer « mélancolia » en est une intuition formelle remarquable du fait même de l'époque depuis laquelle elle a été construite. Le polygone noir dans cette oeuvre (tout comme le monolithe de Kubrick) condense dans sa force mathématique brutale un temps sans déroulement où l'actuel et l'archaïque se superposent. Dans ce temps paradoxal de l'archétype la mélancolie est cette tristesse du « non-né », une encre noire sur fond noir où le génie s'accouche indéfiniment depuis cette origine. Le polygone par ses multiples facettes évoque puissamment la fragmentation de cet archétype en différentes forces à l'origine de la formation de la matière et de l'organisation du vivant. Il est en cela une image du principe de création. Les socles des sculptures présentées ici ont cette forme et ce sens particulier. F. Gaillard.

 

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Entretien radiophonique. Webradio A Bout de Souffle

 

 


Rédigé par f.gaillard | Sculptures | Commentaires (0) | | +

Le 17/05/2009 à 19:48

Emission de Radio sur l'exposition à Tours, 2008

 Une exposition à la salle capitulaire de Tours (Haut de la rue nationale, proche musée du compagnonnage).

Ouverture : Tous les jours de 16h à 20h

Une émission en ligne, à écouter dans l'audioblog la peau et les mots.

Rédigé par f.gaillard | Sculptures | Commentaires (0) | | +

Le 17/05/2009 à 19:46

Amante

 Amante


Rédigé par f.gaillard | Sculptures | Commentaires (0) | | +

Le 17/05/2009 à 19:38

Arroseuse

 Arroseuse


Rédigé par f.gaillard | Sculptures | Commentaires (0) | | +

Le 17/05/2009 à 19:37

Archer / Architecte

 Archer / Architecte


Rédigé par f.gaillard | Sculptures | Commentaires (1) | | +

Le 17/05/2009 à 19:37

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